L’EUDR a tiré les leçons de la faiblesse de son prédécesseur. L’EUTR laissait les sanctions à l’appréciation des États membres et a débouché sur une décennie d’application inégale, souvent symbolique. L’article 25 du règlement (UE) 2023/1115 impose au contraire un arsenal minimal de sanctions que chaque État membre doit prévoir, chiffres à l’appui. Ce guide expose ce qu’il contient, sur qui il retombe et la sanction que personne n’anticipe : celle qui s’applique à la frontière.
L’arsenal de l’article 25
- Des amendes proportionnées au préjudice et à la valeur des produits concernés, croissantes en cas d’infractions répétées. Pour les entreprises, l’amende maximale doit atteindre au moins 4 % du chiffre d’affaires annuel total réalisé dans l’ensemble de l’Union : les États membres fixent leurs propres barèmes, mais le plafond ne peut être inférieur à ce niveau. Pour une entreprise réalisant 50 millions d’euros de chiffre d’affaires dans l’UE, le plafond d’exposition commence à 2 millions d’euros.
- La confiscation des produits et la confiscation des revenus issus des transactions concernées : les marchandises non conformes comme l’argent qui en a été tiré peuvent être saisis.
- L’exclusion temporaire, pour une durée maximale de 12 mois, des marchés publics et de l’accès aux financements publics, y compris les appels d’offres, les subventions et les concessions.
- L’interdiction temporaire de mise sur le marché, de mise à disposition ou d’exportation des produits concernés, en cas d’infractions graves ou répétées : une interdiction de mise sur le marché frappant vos gammes de produits.
- L’interdiction de recourir à la diligence raisonnée simplifiée au titre de l’article 13, qui prive de l’allègement procédural attaché à l’approvisionnement à faible risque.
Les décisions d’application ont aussi une portée réputationnelle : les jugements définitifs rendus contre des entreprises peuvent être publiés, en nommant l’entreprise et l’infraction.
Qui est exposé à quoi
Les obligations diffèrent selon le rôle (le guide sur les rôles les répartit), et l’exposition aussi. Les opérateurs font face à l’arsenal complet, puisque la DDS et sa véracité leur appartiennent : déposer une déclaration sans avoir accompli la diligence raisonnée qui la sous-tend constitue en soi une infraction, distincte de toute déforestation sur le terrain. Les opérateurs en aval et les négociants répondent de leurs obligations plus étroites, comme le fait de ne pas conserver ou transmettre les numéros de référence prévus par les règles de conservation. Les autorités agissent sur la base de leurs propres contrôles (avec des quotas fixés en fonction du niveau de risque du pays) ainsi que sur la base de préoccupations étayées soumises par des ONG et des concurrents au titre de l’article 31, un canal que les observateurs de la déforestation se préparent visiblement à utiliser.
La frontière fait respecter la règle en premier
Avant même qu’une amende ne soit calculée, l’interopérabilité douanière assure l’application au quotidien : les déclarations d’importation et d’exportation portant sur des marchandises relevant du champ d’application doivent comporter un numéro de référence de DDS, et les marchandises dépourvues de numéro valide ne sont pas dédouanées. Pour une PME, le calcul est déjà assez brutal sans amende : un conteneur retenu à Rotterdam accumule des surestaries chaque jour, manque des créneaux de production et peut finir réexporté ou détruit à vos frais si la conformité ne peut être établie. Cette sanction opérationnelle s’applique automatiquement, dès le premier jour d’application, et c’est celle contre laquelle il faut se prémunir en premier : une chaîne de dépôt valide et vérifiable.
Ce que la proportionnalité signifie pour vous
Les sanctions doivent être effectives, proportionnées et dissuasives, ce qui joue dans les deux sens : un opérateur qui a effectué le screening de ses parcelles, documenté une évaluation des risques et peut produire le dossier de cinq ans relève d’une autre catégorie que celui qui a déposé des déclarations sur la base de données que personne n’a vérifiées, même si tous deux aboutissent à la même parcelle signalée. La culpabilité réside dans le dossier. L’assurance la moins chère contre les sanctions est la discipline que décrit l’ensemble de ce groupe de guides : une géométrie vérifiée, des passages de screening datés et des déclarations que vous pouvez assumer, conservées là où vous pouvez les retrouver.
